Le design, le produit... pour quel progrès ?
Notre collectif est multiple mais rassemblé autour d'un vécu commun : chacune et chacun de nous a ressenti à un moment de sa vie le même déclin de piliers importants de notre société et la même incapacité à agir contre ce contexte.
La plupart des produits et services que nous avions aidé à concevoir n'avaient pas été pensés pour les gens qui allaient s'en servir. Et malgré de belles promesses, ils n'avaient pas été pensés pour apporter un impact positif à la société.
On les avait pensés à un moment d'appel d'offres sans les remettre en question face à la réalité du terrain,
pour montrer un avancement en comité de direction, une capacité à bien gérer son rôle et ses objectifs,
ou montrer que l'on fait de la croissance, "crée de l'emploi", que l'on gagne de l'argent au dépens de tout le reste.
Rarement pour de véritables problèmes des citoyens et presque jamais avec eux.
Presque jamais pour un impact positif, malgré l'implication et les efforts de chacun en interne.
Nous le savions. Nous avons longtemps fait avec.
Ça semblait la voie normale, un manque d'ambition de le remettre en question.
Comme beaucoup d'autres, nous avons produit, livré, facturé, défendu.
Nous avons accepté que la qualité d'un projet se mesure en jours-homme et en slides, à une date de livraison respectée.
Ça ne nous suffisait pas, n'alimentait plus rien chez nous.
Bæta labs est né de ce refus.
Refus du bullshit-job ou d'une voie vers le burn ou bore-out.
Refus de voir nos compétences servir des projets bêtement mercantiles ou détricotant ce qui fait socle de société.
Refus de la mission qui se rassure dans ses longs livrables sans rien créer.
Refus du conseil hors-sol qui n'a pas le temps d'écouter celles et ceux qui vivent le problème.
Refus de l'agence solutionne tout par un site, une app, une charte... parce que c'est ce qu'elle sait faire.
"Bæta" signifie « améliorer » dans une langue nordique chère au créateur de notre collectif.
Le nom porte une envie : améliorer les choses à notre humble échelle, nous restons des designers ou experts en stratégie d'organisation. Mettre nos disciplines au service de l'intérêt général même si au départ nous avions bien du mal à voir comment arrêter de les mettre au service d'un modèle auquel nous ne voulons plus participer.
Sortir de ce certain KO debout dans notre vie pro.
Sortie de ce chaos debout devant nous.
Sortir d'une colère.
Une colère avec laquelle nous cohabitons aujourd'hui avec alignement et respect, car c'est elle qui nous aura emmenés vers plus d'engagement, peut-être ce qu'Alain Damasio aimait appeler « la rage du sage » et "ne pas se faire fragmenter."
Cette colère ne sort pas de nulle part...
Un cynisme politique et business ahurissant ?
Notre époque de post-vérité ?
La promesse éculée et la fuite en avant du capitalisme ?
L'éradication de plus de la moitié des mammifères sauvages, des poissons, des insectes, des arbres depuis notre ère ?
Près d'un million d'êtres humains mourant chaque année, en Europe, des causes de la pollution ?
Et derrière, toujours, le même décor : une "obligation" d'avancer qui privatise et confisque notre avenir commun, ferme un à un des communs pourtant existants, un techno-solutionnisme qui, sous couvert de transformation digitale, reporte la responsabilité sur l'usager et déshumanise nos institutions ou votre foyer... alors que derrière les écrans et les formulaires, il y a avant tout des gens comme vous et nous, des craintes, des doutes, des actions pénibles mais nécessaires, des besoins, des droits.
Face à ça, nous croyons quelques choses simples.
Nous croyons que concevoir un service, c'est d'abord une question d'attention.
À ses valeurs. Écoutez-vous... vous le savez de suite si c'est utile et nécessaire tout ça.
Aux gens. Aux personnes avec des besoins et celles et ceux qui porteront une réponse tous les jours.
Aux contraintes réelles d'un terrain qu'on ne voit jamais depuis un open space.
Nous croyons que les meilleurs services ne ressemblent pas toujours à des écrans.
Ce sont parfois des organisations, des processus, des lieux, des personnes formées pour échanger avec d'autres.
Un retour au bon sens et à l'humain.
Et oui, parfois aussi des écrans, quand c'est vraiment la bonne réponse.
Nous croyons qu'un projet d'intérêt général ne se sous-traite pas ou ne se gère pas qu'avec un top management.
Il se construit avec celles et ceux qui en porteront l'impact.
Nous concevons avec et jamais pour.
C'est dans cette conviction que notre collectif s'engage : réinstaller une action publique expérimentale, systémique et égalitaire.
Faire du désir pour un impact sociétal le plus important point d'appui. Tracer, à hauteur de projet, une proposition politique et humaine concrète. Protéger et anticiper la bascule nécessaire de notre société pour participer à un futur plus désirable.
Nous ne sommes ni une agence ni un cabinet. Nous sommes une quarantaine de personnes qui se sont rassemblées parce que, séparément, nous ne pouvions plus faire notre métier comme nous voulions le faire, pour qui nous voulions le faire.
De fait, nous savons que nous ne travaillerons pas pour tout le monde.
Nous travaillerons pour celles et ceux qui essaient d'améliorer quelque chose pour quelqu'un d'autre : une politique publique, un service au citoyen, une école, un territoire, une aide, une association, une transition.
Le futur qui nous fait envie... celui où les services publics ont de l'impact, où les transitions ne se font pas contre les personnes et où l'expérience d'un service d'une personne devient une fierté collective.
Réunir les personnes qui ont les compétences mais surtout cette nécessité.
Se mobiliser pour les institutions et les acteurs qui portent une saine exigence et pour toutes celles et tous ceux qui ont gardé malgré tout ce vécu leur rage du sage.